Quentin Ory et Antoine Corbineau / Les Mini Mondes

Ils sont ronds, démontables et rigolos, ils roulent dans un van de rêve en famille : ce sont les Mini Mondes ! Des jouets en plastique recyclable pensés par Quentin, l'entrepreneur, et Antoine, le directeur artistique, qui fleurent bon l'air du temps.

QUENTIN ANTOINE PORTRAIT 1

« J’ai le sac à dos », se réjouit Quentin Ory, essoufflé mais tout sourire, de passage express entre un shooting et un train, à l’atelier d’Antoine Corbineau, au coeur de Nantes. « Oh ! Montre-le moi », frétille ce dernier, en inspectant les illustrations vitaminées qui ornent le sac à dos pour enfant, fabriqué à partir de chutes de jean. « J’en achète deux pour mes enfants ! » lance-t-il en touchant la matière, planté au milieu de son bureau aussi coloré que son univers. « Moi aussi j’en garde un ! Pour quand j’aurai un gamin… » glisse Quentin, barbe et cheveux mi-long bruns, le mini sac à dos entre les mains.

 

Si ce n’est pas en tant que papa que ce jeune entrepreneur de 29 ans, a choisi de se lancer corps et âme dans l’aventure du jouet pour enfant avec les Mini Mondes, c’est par goût du défi. « Après avoir connu un petit succès avec une appli de quizz, j’ai monté une boîte avec un pote pour la prolonger en jeu de société. J’ai voulu continuer avec quelque chose à plus grande échelle. ».

Le fil rouge, c’est ce plastique, dont les parents ne veulent plus et dont les enfants raffolent.

Quentin, formé dans une école de commerce à Lille, passé par Cdiscount, a donc lâché « un vrai travail » pour intégrer une pépinière de start-up à Nantes spécialisée dans les entreprises à impact (panneau solaire pratique, serviette hygiénique écolo…). Là, il s’est mis à plancher sur le jouet responsable, pour inventer les Playmobils du futur à l’aide d’investisseurs. « Pour moi, il s’agit de changer les choses dans le domaine du jouet qui représente 75 000 tonnes de déchets plastique rien qu’en France, chaque année. Le fil rouge, c’est ce plastique, dont les parents ne veulent plus et dont les enfants raffolent. » Un casse-tête en passe d’être résolu.

Car chez les Mini Mondes tout est calibré pour être dans l’air du temps : une matière éco-responsable et compostable fabriquée à partir de chutes de plastique végétal et de copeaux de bois, une fabrication Made in l’Ouest de la France, une boutique en ligne sans intermédiaire qui facilite à la fois la diffusion, le prix bas et le suivi de la satisfaction des parents. Un point non-négligeable, d’ailleurs, dans leur réussite : « Lorsqu’on demande l’avis des followers sur Instagram : on a près de 800 réponses, on a aussi des groupes-tests, les parents adorent participer. »

Un an après leur lancement – rejoints par Marine avec qui Quentin a co-fondé la marque, et par Nicolas le modéliste de l’équipe – les voilà prêts à développer les ventes de leur van en plastique recyclé habité de petits personnages rigolos, mais aussi de deux magazines illustrés, de comptines enregistrées, de séries limitées de produits dérivés… Le tout inspiré de la famille Duchemin, des baroudeurs français en forme d’oeufs démontables au volant de leur van coloré, sortis de la tête de Quentin et d’Antoine. « Ce qu’on voulait, c’est faire découvrir le monde aux enfants, proposer une ouverture sur l’autre, c’est une mission éducative. C’est pour ça qu’en plus du jouet, on publie un magazine bimestriel en forme de carnet de voyage envoyé par les Duchemin aux enfants. »

On modernise le jouet et les histoires en allant plus loin que le pompier et le bricoleur un peu ringards.

Si le van des Duchemin, prêt à être envahi de stickers, est le produit d’appel, le magazine semble pouvoir inspirer une future gamme de jouets représentant les cultures du monde. « Certes, c’est une famille assez classique, mais du Maroc à la Suède, en passant par la Côte d’Ivoire, ils vont rencontrer la diversité qui nous entoure. On modernise le jouet et les histoires en allant plus loin que le pompier et le bricoleur un peu ringards », s’exclame Quentin, déjà prêt à repartir. « Nos histoires cherchent aussi une façon habile d’aborder la préservation de la planète sans être trop lourd. En Suède par exemple, on va approcher le recyclage, en Russie le légume de saison et la conservation en bocaux, au Maroc l’accès à l’eau », explique Antoine.

Père de deux enfants, Antoine Corbineau, 37 ans, est bien connu à Nantes, et au-delà, pour ces cartographies colorées et sa touche enfantine aux pastels acidulés. Illustrateur pour la presse, la pub ou l’édition depuis 10 ans, il est d’abord passé par Londres et New York en tant que designer graphique. « J’ai été très impressionné, la première fois, de voir mes dessins devenir des objets 3D pour les Mini Mondes. » Passionné, et aussi rincé de cette année de lancement, il est le point de départ de la création des histoires et des jouets. « Tout commence par l’invention des personnages, leur personnalité, les détails de leur physique. Ensuite l’auteur s’en empare pour écrire et me renvoie une histoire qu’on illustre. »

Quand il lève la tête de ses planches de croquis, à Court central, son bureau associatif au large plafond et au beau plancher de bois, Antoine croise ses coworkers architectes, designers textiles, « des métiers calmes ». Fenêtre ouverte, le tohu-bohu nous raconte la vie en dehors de ce havre créatif. Dans la rue principale de Nantes, en bas, s’affairent les jeunes parents avec leurs poussettes, un groupe d’adolescents et les vieux briscards sortant de la librairie.

Magnus, c’est un musicien qui habite sur une île et qui enregistre des sons de la nature. Je crois qu’il va être roux.

« Il faut que je retrouve mon petit poney suédois rouge, je l’ai sur un porte-clef », lance Antoine à la stagiaire qui l’accompagne, Mathilde, affairée à créer les futurs personnages suédois que vont rencontrer les Duchemin. Antoine examine la planche qu’elle prépare. « Magnus, c’est un musicien qui habite sur une île et qui enregistre des sons de la nature. Je crois qu’il va être roux », commente le créatif, pensif derrière ses lunettes. Magnus sort tout droit de sa mémoire. « C’était mon coloc en Angleterre. Attention, mets lui un manteau, ce sera l’hiver. »

Antoine assume une inspiration de l’intime. « Quand j’étais gamin, j’ai fabriqué un trimaran en bambou avec mon grand-père, avec un morceau de pagne qui venait du Sénégal, mais il n’a jamais flotté. Je m’en suis inspiré pour faire le jouet bateau qu’on sort à Noel pour les Duchemin ! Lui, c’est prévu, il va flotter. Et il ne devrait pas se désintégrer… J’espère », insinue-t-il. 

Le bioplastique comme le bois viennent de chutes de matière industrielle.

Précisons que leur matière, inventée avec un labo, est compostable. « Dans un compost industriel, pas n’importe où », précise Quentin. Un matériau plastique incrusté de copeaux de bois qui donne un joli grain à chaque pièce. « Le bioplastique comme le bois viennent de chutes de matière industrielle. Mélangés, il s’agissait de les faire répondre aux normes très strictes du jouet en plus de le rendre biodégradable ». Comme le reste, tout est pensé. « L’idée pour nous, c’est d’arrêter avec la babiole avec laquelle on joue deux secondes avant de la jeter. On essaie de fabriquer un jeu qui ne se casse pas facilement, qui est durable et évolutif même dans la mode. Quelque chose qui stoppe l’ineptie du jouet non recyclable, jetable, cassé, qui vient majoritairement de Chine », résume Quentin, bien décidé à faire de grands pas pour changer le (mini) Monde.

Texte : Jeanne La Prairie • Photographies @François Rouzioux • Illustration : Flora Gressard

Aujourd’hui les Mini Mondes c’est : une bonne dose de chute de bio-plastique et de bois réemployés en cours de moulage pour préparer Noel, 8000 abonnés aux magazines en quatre mois, 4000 vans écoulés depuis le lancement il y a un an, et 1% des bénéfices reversés à l’association Vacances & familles.

lesminimondes.fr

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