Florent Blanchard / Luminaire DOD

Régulièrement, le jeune créateur de la marque Luminaire DOD, quitte son atelier parisien pour sillonner les routes de Normandie à la recherche de son matériau de prédilection : le bois. Avec un seul objectif en tête, créer en recyclant.

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Jeudi soir au café des Petits Carreaux, Florent Blanchard s’installe sur une banquette pourpre un peu démodée. Le vrombissement de la machine à café et les tintements des pintes de bières sifflent un peu trop fort aux oreilles du micro. Florent commande tranquillement une pinte de blonde avant de sortir de son sac à dos une pièce de sa collection: un luminaire baptisé DOD en référence à sa forme géométrique, le Dodécaèdre. Cet objet, c’est un luminaire aux multiples faces et arêtes, une forme qui semble aussi complexe que son nom mais qui, à première vue, évoque l’image simple d’une fleur qui s’ouvre. Un jeu de construction aux faces aimantées et interchangeables qui dévoile une lumière changeante selon l’assemblage de l’objet. Une lampe brute au bois scintillant.

L’objet de cette quête n’est pas l’or mais le bois; le bois qui a cessé d’être un meuble et dont personne ne fera plus rien. 

Florent nous fait remarquer un numéro gravé dans le bois derrière le luminaire, cette petite suite de chiffres et de lettres c’est l’essence même de son travail: la provenance du bois. Car les luminaires ont déjà tous vécu quelques vies antérieures: anciens lits, parquets fatigués de la Cité Universitaire de Paris, chutes inutilisées… Avec DOD, il s’est improvisé explorateur, l’objet de cette quête n’est pas l’or mais le bois; le bois qui a cessé d’être un meuble et dont personne ne fera plus rien.  

Florent, un grand tatouage au bras droit, robuste et solaire, raconte les choses avec force et naturel, un truc enfantin dans le regard en plus. Sa passion pour le bois et la nature c’est là depuis toujours. Enfant, il tapissait sa chambre d’une grande bâche recouverte de terre pour faire des boutures et créer des massifs végétaux. Il y avait ça et les Kaplas. On ne se refait pas. En tout cas pas Florent, qui aujourd’hui habite à cinq minutes du bois de Vincennes pour pouvoir faire des balades en forêt sans faire une heure de route. 

La veille il s’est acheté un livre sur l’Essentialisme, « ça peut aider quand on a quinze mille idées à la minute, histoire de prendre conscience qu’on n’aura jamais le temps de tout entreprendre. » Être entrepreneur, devoir tout gérer de A à Z c’est un truc qu’a découvert Florent avec le lancement de sa marque. Mais celui qui a passé des heures seul dans son garage à dessiner son objet jusqu’à trouver la bonne formule, est aujourd’hui hyper entouré. À commencer par les artisans ou les designers avec qui il travaille à l’atelier, mais aussi par son frère expert-comptable, avec qui Florent fait des virées en camionnette de location pour trouver des partenaires. « On prend notre téléphone, on liste toutes les menuiseries du coin et on appelle les gens. La plupart du temps ça ne donne rien puis parfois on rencontre la bonne personne, celle qui va accepter de prendre du temps et qui va bousculer ses vieilles méthodes. Il faut convaincre les gens, parfois les amadouer, c’est toute une démarche et ça prend du temps. »

L’exploration, c’est aussi un subtil mélange entre déception et heureux hasard.

En écoutant Florent on comprend qu’il faut de la patience et de la passion pour être chercheur de bois, peu de demandes aboutissent à un partenariat. L’exploration, c’est aussi un subtil mélange entre déception et heureux hasard. Comme cette journée du mois d’août avec son frère: au matin ils louent un 20 mètres cube direction la Normandie. 200 kilomètres et l’espoir de trouver des chutes réutilisables. Sur cinq rendez-vous avec des menuiseries, aucun n’aboutira à un partenariat. La camionnette rentrera le coffre vide jusqu’à ce que Florent et son frère remarquent une Parqueterie au bord de la route. S’en trop y croire ils s’arrêtent, et décrochent finalement un partenariat solide avec le menuisier de la Cité Universitaire de Paris. 

Et puis il y a surtout la rencontre avec Erick Morro de la menuiserie familiale Morro & Fils. « C’est vraiment lui qui m’a permis de débuter. On a un vrai lien grâce à cette passion pour le bois. C’est touchant car ça lui tient vraiment à coeur de nous aider, et je crois que le soutien c’est ce qui va faire tenir le projet sur le long terme ». On n’a en effet pas trop de mal à croire que Florent Blanchard ait la faculté de toucher les gens. 

Texte : Louise Huc • Photographies @François Rouzioux • Illustration : Flora Gressard

Aujourd’hui DOD c’est 80 lits, 20 casiers, 10 mètres carrés de parquet et 4 mètres cubes de chutes de bois recyclés. Et ce n’est que le début pour Florent, qui imagine déjà un deuxième objet dès qu’il a cinq minutes.

www.luminairedod.com

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