FabBRICK / Clarisse Merlet

Fabriquer des briques avec des vieux vêtements. Voilà ce qu’on fait chez FabBRICK, la jeune entreprise de Clarisse Merlet. Petite histoire d’un pavé green dans la mare noire de deux industries hyper polluantes.

C’est Aigle qui nous envoie interviewer la fondatrice de FabBRICK : la marque presque bi-centenaire vient de collaborer avec la baby entreprise et a décidé de la mettre en avant, parmi d’autres partenaires, dans une mini-série réalisée et produite par l’agence Bien Vu.

On débarque donc avec caméra et micro dans les locaux de Clarisse Merlet. Elle n’a même pas l’air d’avoir 30 ans, bluffant. Son parcours l’est autant. Après des études d’Arts plastiques, Clarisse intègre une école d’architecture. Là, elle réalise à quel point construire est polluant et énergivore, commence à se renseigner sur les façons de construire autrement et surtout mieux.

De fil en aiguille, elle commence à s’intéresser au textile (autre secteur hyper-polluant s’il en est). Ce qui retient son attention, c’est que le textile possède des propriétés intéressantes pour la construction : le coton, par exemple, est un très bon isolant thermique et acoustique…

Tilt. Clarisse décide de récupérer des vieux vêtements pour les transformer en un matériau innovant, écolo et fonctionnel : des briques. En tissu donc. Et elle consacre son mémoire de troisième année à cette idée.


Finalement, le sujet la passionne tellement qu’elle transforme le sujet de mémoire en sujet de diplôme… Puis le sujet de diplôme en société. Quand faut y aller, faut y aller. Les premiers clients frappent déjà à sa porte. 

A l’époque, elle fabrique ses pavés textiles dans le garage de ses parents, toute seule. Compresse ses briques, répond aux mails, prospecte, développe le site Internet. Fin 2019, elle déménage dans un grand local à Paris. Embauche une personne, puis deux. Aujourd’hui ils sont neuf.

Les vieux vêtements sont triés, broyés, collés puis compressés pour ressortir de la machine sous forme de briques.

La méthode de fabrication que Clarisse a développée en quelques mois est aussi simple que smart. Les vieux vêtements sont triés par couleur, puis broyés dans une machine. La matière est ensuite enduite de colle écologique (dont la recette a été élaborée par Clarisse elle-même) puis compressée mécaniquement 30 minutes, pour ressortir de la machine sous forme de briques. Place ensuite au séchage, qui se fait de façon 100% naturelle, sur des grandes claies en bois.

Très vite donc, l’idée de Clarisse fait des émules. La célèbre friperie au poids Kiloshop lui commande un mur décoratif en briques textiles pour sa boutique du boulevard Magenta. Des gros noms du prêt-à-porter la contactent et les collaborations s’enchaînent : elle imagine des murs en jean recyclé pour Jules ou pour Levi’s, du mobilier de boutique pour les Galeries Lafayette ou pour Aigle.

A chaque fois, Clarisse travaille directement avec les déchets textiles de la marque : chutes de confection, vêtements avec défauts de fabrication ou prototypes sont récupérés et transformés en briques, dont le format et la couleur varient en fonction des besoins ou des envies du client. Pour Aigle, par exemple, c’est 279 tee-shirts, issus du stock de la marque, qui ont été recyclés sous forme de présentoirs et autres supports de vente.

Le jour où Clarisse a reçu un mail de la Fashion Week

Même hors frontières, on lorgne sur ces belles briques aux faux airs de marbre. « La Fashion Week de Toronto nous a envoyé un mail pour qu’on fasse toute leur scénographie », raconte Clarisse. Elle refuse, en expliquant, pédagogue, qu’elle ne trouve pas pertinent d’envoyer des briques écolo à 6000 kilomètres de Paris, par avion. Réponse de Toronto : « Lol. Hilarant. »

« Ils n’ont pas du tout compris. Je pense qu’on est passé pour des débiles mais c’est pas grave », résume Clarisse, qui préfère enchaîner sur les chiffres réjouissants de la boîte : 18 tonnes de textile recyclé, 55 000 briques fabriquées, 8 emplois créés.

Quant aux prochaines étapes, Clarisse les a déjà en tête : FabBRICK vient de lancer une collection capsule, en édition limitée, de huit objets designés par l’équipe. À plus long terme, Clarisse voudrait aussi ouvrir d’autres usines dans d’autres pays européens producteurs de déchets textiles et développer les performances des briques, pour en faire un vrai matériau de construction. Demain, vous dormirez peut-être dans un appart construit avec le jean que vous portez aujourd’hui.

Texte : Fanny Rivron • Photographies ©François Rouzioux pour Aigle

FABBRICK C’EST : 18 tonnes de textile recyclé, 55 000 briques fabriquées, 8 emplois créés.

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