Eugénie Delarivière / Les Résilientes

Le studio de design Les Résilientes s’est donné pour mission d’offrir une seconde vie aux dons qui ne peuvent être vendus par l’association Emmaüs Alternatives. Rencontre avec Eugénie Delarivière, designer et directrice artistique à la tête de ce joyeux projet.

EUGENIE PORTRAIT 3

Une fin de journée à la Ressourcerie L’Alternative : quelques personnes zigzaguent encore entre les étagères colorées de la boutique à la recherche d’un trésor. Ici, on désire rarement une chose en particulier. Se promener à travers le magasin donne l’impression d’explorer une grande malle cachée dans un grenier, sauf qu’à la Ressourcerie il n’y a ni toile d’araignée, ni plancher qui grince. Livres anciens, vaisselle, ustensiles et vêtements en tout genre sont disposés avec harmonie; les tables débordent de papiers et de crayons pour dessiner, le thé fume dans la cuisine ouverte…

Au fond de la boutique une dame semble happée par un panier en osier en forme d’éléphant, à côté d’elle une jeune fille sélectionne soigneusement des assiettes vintage aux motifs oranges. Et si le 13 rue Leopold Bellan regorge de trésors Emmaüs, il abrite aussi le studio de design Les Résilientes, qui comprend le centre de tri, l’atelier, et la boutique. 

Eugénie Delarivière est assise avec son équipe, c’est la fin d’une réunion. Au centre de la table : feuilles, nécessaires à couture, feutres et crayons de couleurs. Ce studio, c’est elle qui l’a lancé en 2017 avec le soutien de l’Association Emmaüs Alternatives qui accompagne le projet. Les Résilientes, ce sont des femmes et des hommes qui trient, recyclent, conçoivent et fabriquent des collections d’intérieurs et des accessoires portés. Et le coeur du projet d’Eugénie, c’est son équipe, car avant l’objet il y a l’humain. Les Résilientes, c’est un levier pour le retour à l’emploi, un éveil social dont découle logiquement un mode de conception éco-responsable.

Dans la boutique, Les Cintrés, des lampes en cintres métalliques revêtues de laine tapissent le plafond; au sol, Les Cultivés, des livres usés sont devenus de belles tables d’appoint. Coussins, tapis, bracelets et pochettes, tous sont créés à partir de dons Emmaüs recyclés. Seuls Les Cachemires, réalisés à partir de pulls neufs comportant de petits défauts, ont été récupérés auprès d’une marque partenaire pour être ensuite coupés puis ré-assemblés en modèles uniques.

Le design, c’est un rapport à la vie quotidienne. On possède tous des objets et on y est tous attachés.

Le rideau est sur le point de fermer la boutique, certains descendent tout juste de l’atelier à couture qui se trouve au dessus. Eugénie  propose un gratin de blettes pour demain, l’équipe semble valider le menu. Tout devient ensuite très calme dans le magasin, ce qui ne semble pas être la norme chez les Résilientes. 

Assise sur un canapé au milieu de la boutique, on aurait du mal à imaginer Eugénie autre part. C’est un peu une évidence, car le lieu lui ressemble autant qu’elle ressemble au lieu, une question d’harmonie sans doute. Précise, même quand elle s’excuse d’être embrouillée, un nom et une allure de personnage de roman, Eugénie possède cette force tranquille étonnante, presque rassurante par moment. Elle raconte avec douceur et éloquence son parcours et les trucs qui la font vraiment vibrer. 

Avant Les Résilientes, Eugénie a passé sept ans à l’étranger, notamment aux Pays-Bas où elle a étudié une certaine vision du Design. L’esthétique comme unique fin, ce n’est pas la perception qu’elle a de son métier. Le Design, c’est repenser les usages, c’est une résolution de problème, et c’est surtout centré sur l’humain. « C’est au delà de se demander qui utilisera cette théière. C’est dire : qui est l’humain qui va la fabriquer et dans quelles conditions. » 

En arrivant à Paris pour la première fois, et après un service civique au sein d’une association qui accompagne les artistes éloignés de l’emploi, Eugénie doit inventer un projet pour pouvoir intégrer une formation de Business Plan. L’idée semble s’imposer d’elle-même.

Je ne voulais pas créer ma propre structure, je voulais me greffer. Devenir une boucle dans une boucle qui existe déjà. 

Des gisements d’invendus, plusieurs points de ventes, c’est ce qu’il fallait à Eugénie pour démarrer. L’intuition du bon timing en plus. Elle s’était donnée une année pour se planter, une sorte de crash test : « Je suis allée voir Emmaüs par curiosité, sans penser une seconde que ça pouvait être réel. » 

Quand on demande à Eugénie si l’Upcyling était une évidence, elle répond que quand on essaye de bien faire les choses au niveau social, on fait la même chose avec l’environnement. Logique. 

« Les Résilientes c’est quelque chose d’organique, voire d’un peu chaotique parfois. » Eugénie se définit elle même comme une cheffe d’orchestre, résoudre des problèmes c’est un peu  son quotidien. Mais c’est surtout une histoire de collectif, ici, chacun peut venir avec une idée et chacun est libre de la tester. 

Quand certains préfèrent le crochet ou la couture, d’autres préféreront réaliser des tables ou inventer des bouillottes. « Il faut faire en sorte que ce soit les personnes qui s’adaptent aux projets et non l’inverse. » Les autres c’est une grande dynamique, les profils sont uniques, singuliers et les savoirfaire différents. Et le résultat c’est une équipe. En insertion ou pas, chacun est au même niveau face au travail et aux réussites. 

Une stagiaire m’a dit un jour que j’étais Manager du désordre…

L’hiver dernier, les collections des Résilientes ont été distribuées dans la boutique du musée des Arts Décoratifs : « On est tous allés la voir. La boutique était magnifique, les colliers étaient sous cloches, il y avait des stèles pour chaque coussin… Que tu sois en insertion ou pas c’est la même fierté, on est tous au même niveau face à ça. » 

Trouver sa place et laisser sa place, ce sont les enjeux d’Eugénie qui se considère comme le leader d’une belle équipe.

Texte : Louise Huc • Photographies @François Rouzioux • Illustration : Flora Gressard

Les Résilientes c’est : une insertion par le design, une réduction des déchets via la revalorisation pratique, esthétique et marchande des gisements de dons Emmaüs jusqu’alors destinés à la benne et le développement de plusieurs gammes de produits upcyclés.

www.les-resilientes.com

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