Chloé Gray / MONTI

Un étage, puis deux, puis trois : la bande à Bien Vu a grimpé à la rencontre de Chloé Gray, fondatrice de MONTI. Avec les chutes de tissus des grandes maisons, elle crée des intemporels made in pas très loin. Le bout du rouleau n'a jamais été aussi désirable.

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Son appart coquet est perché sous les toits, pile au niveau de la cîme des arbres du 17e. Chloé, elle, a les pieds bien sur terre. Quand on la retrouve pour lui poser des questions sur MONTI, la marque de vêtements qu’elle a montée il y a deux ans, elle porte ses créations : ce jour-là, ce sont des rayures minimalistes. Un autre jour, ça aurait pu être des carreaux (pas si) basiques. Les coupes sont amples et tombent juste. Le tout est fabriqué en Île-de-France avec des tissus récupérés auprès de grandes maisons de couture. Chloé fait des choses belles et les fait bien : le genre de rencontre pour lesquelles Bien Vu existe.

Je voulais créer des vêtements, mais surtout ne pas être une marque de plus qui gâche tout, qui ne fait pas attention. Pour moi, ça n’aurait eu absolument aucun intérêt.

Styliste en freelance pour des bureaux de tendance, elle a créé MONTI en parallèle. Le nom est une évidence, c’est son surnom. L’autre évidence ? Dès le début, elle sait que sa marque sera responsable : « Je voulais créer des vêtements, mais surtout ne pas être une marque de plus qui gâche tout, qui ne fait pas attention. Pour moi, ça n’aurait eu absolument aucun intérêt ». La matière première sera donc récupérée : des fins de rouleaux, des coupons dont les grands noms du luxe n’ont plus l’utilité… Et, hum hum, qu’ils n’ont accessoirement plus le droit de brûler.

D’un coton rayé à la belle tenue, elle fait des chemises et caftans intemporels et amples, qui conviennent à différentes tailles. Une démarche inclusive, moderne, mais aussi née de la contrainte : “Je travaille avec une modéliste pour les patrons : chaque modèle ou chaque taille a un coût, donc aujourd’hui la gamme est restreinte. Une chemise se réinvente dans différents tissus et pourrait aller du XS au L grâce à des emmanchures volontairement oversize : la contrainte fait aussi naître la créativité. Finalement, j’essaie d’en faire une force”.

Il faut commencer par éduquer le consommateur, car ce n’est pas normal de payer une chemise 14 euros 90. Il y a toujours un problème derrière – combien est payée la personne qui a fait ça et dans quelles conditions travaille-t-elle ?

Bingo, la formule fonctionne à merveille : sa chemise un peu loose, on l’imagine bien traverser les âges sans se démoder. La qualité de la fabrication et les matières premières sont en tout cas faites pour que chaque pièce soit portée et aimée longtemps. À peu près le contraire de la fast fashion, où une pièce sortant de chez Zara sera portée en moyenne 6 fois, en polluant du début à la fin de sa vie. Chloé n’est même plus étonnée : “La qualité de la fast fashion ne suit pas, elle n’est pas faite pour ça. Même quand ils se lancent dans l’upcycling, ça pollue énormément. Il faut commencer par éduquer le consommateur, car ce n’est pas normal de payer une chemise 14 euros 90. Il y a toujours un problème derrière – combien est payée la personne qui a fait ça et dans quelles conditions travaille-t-elle ?”. 

En un coup de vélo, je peux aller voir la production, avoir un contact direct avec l’atelier… C’est tellement mieux, ce n’est plus un sujet pour moi.

Elle peut répondre à ces questions sans rougir. Pour MONTI, pas question de multiplier les interlocuteurs dans des usines lointaines, ni de voir ses robes se trimballer d’un continent à l’autre. Tout a toujours été fabriqué en Île-de-France. “En un coup de vélo, je peux aller voir la production, avoir un contact direct avec l’atelier… C’est tellement mieux, ce n’est plus un sujet pour moi”.  Ou alors pas pour les raisons qu’on s’imagine : finalement, c’est cette fabrication locale qui lui donne le plus de fil à retordre. « J’ai eu un atelier à Pantin, puis à Paris, puis à Saint-Ouen, maintenant je rêve de plus de stabilité ! Finalement, il y a une vraie demande et trouver les bonnes couturières n’est pas toujours facile”, admet Chloé.

Mais – pour citer Booba – pas le temps pour les regrets : gérer MONTI, c’est être multi-casquettes. S’occuper des ventes et des envois, imaginer des packagings à l’impact le plus réduit possible, trouver des tissus pour les futures collections. Chloé gère tout seule, ou presque : elle est entourée d’amis créatifs qui l’aident sur les shootings, de copines qui s’improvisent mannequins pour elle. “C’est beaucoup de débrouille, on ne peut pas trop tricher. Finalement, ce sont de vraies filles qui posent car on ne vend pas de fantasme”. Les pieds sur terre, on vous dit.

Autour d’un café, elle nous explique que finalement, MONTI correspond à ses valeurs et (ré)équilibre la balance entre job “alimentaire” et side-projects : “En tant que styliste freelance, je me retrouve parfois à travailler pour des entreprises qui font des gros volumes, qui fabriquent à l’autre bout du monde… MONTI prouve qu’on peut faire autrement !”. Se lancer dans la mode ne lui a jamais paru fou ni insurmontable : sa mère a elle aussi travaillé dans le milieu, avant de lancer une marque de linge de maison avec son beau-père. Leur parcours lui prouve que c’est possible. Son père, dans la finance, a accueilli avec un petit peu moins d’enthousiasme les envies créatives de sa fille. Qu’importe, elle y va quand même : “Aujourd’hui, on a tendance à faire des choix de vie plus en ligne avec nos valeurs, et à avoir moins peur de se lancer dans ce genre de parcours”. Go Chloé ! 

Texte : Victoria Houssay • Photographies ©François Rouzioux • Illustration : Flora Gressard

MONTI c’est : 250 pièces créées (environ !), 7 mini-collections et 2 belles collaborations à venir. 300 mètres de tissus qui s’entassent chez Chloé… Mais seulement l’équivalent de 2 grands sacs Tati de pièces Monti, car comme elle le dit si bien : “Je ne vais pas déstocker des métrages de tissus pour les re-stocker sous forme de vêtement ensuite. ». 

monti-paris.com

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