Bruce Ribay et Guillaume Galloy / Noma Éditions

Bruce et Guillaume nous ont donné rendez-vous à l’Espace Commines – petit bijou d’architecture – pour nous parler de NOMA, l’histoire d’une maison d’édition de mobilier et d'objets qui ne fait rien comme tout le monde. Écologie et design n’ont jamais fait aussi bon ménage !

En arrivant dans cet espace inondé de lumière, nos sens sont en émoi : une immense verrière éclaire le ballet de cartons, palettes, échelles et autres ustensiles qui serviront au décor de la Paris Design Week, rythmé par le brouhaha mélodieux des va-et-vient. Nous sommes à la veille du jour J et l’on reconnaît bien là l’ambiance électrique précédant les grands événements. 

Guillaume et Bruce nous attendent dans une petite salle adjacente où trônent leurs créations pour nous livrer les secrets de NOMA, et l’on compte bien leur tirer les vers du nez… À peine la discussion engagée, on sent instinctivement que nos deux acolytes se connaissent depuis toujours : l’un termine les phrases de l’autre et, même s’ils sont chacun dotés d’une personnalité bien à eux, tous deux sont convaincus que le beau est un puissant vecteur de changement.

NOMA signifie nobles matières. On est partis du postulat que l’on croulait sous les déchets et que l’on pouvait faire de belles choses à partir de matières recyclées.

« On s’est connus lors du développement d’un concept de magasin chez LVMH il y a une vingtaine d’années » nous raconte Bruce. Déjà à cette époque, l’éco-conception les chatouillait dangereusement. « Lorsqu’on s’est mis à réfléchir au cycle de vie annuel de notre concept store – Guillaume avec sa vision d’ingénieur et moi d’architecte – les gens nous regardaient comme si on était des ovnis ». Malgré une vision réfractaire du milieu du luxe en matière d’éco-responsabilité, ces deux marginaux du design n’ont cessé d’œuvrer à une création plus raisonnée. La réutilisation et le recyclage des matériaux faisant déjà partie de leur ADN, NOMA s’est donc imposée tout naturellement. 

« NOMA signifie nobles matières. On est partis du postulat que l’on croulait sous les déchets et que l’on pouvait faire de belles choses à partir de matières recyclées. On s’est dit : si l’on veut faire de beaux objets, faisons-les bien vis-à-vis de l’environnement. D’ailleurs, notre maison d’édition est la première de France à lier mobilier haut de gamme et éco-conception. » nous annonce Bruce non sans fierté. 

J’aime quand il y a de la tension, un déséquilibre. Pour moi ça raconte une histoire à laquelle on peut se raccrocher et que l’on peut se raconter : de cette imperfection naît la beauté.

Le beau, ils le voient chacun à leur manière. Guillaume est tombé dans la marmite quand il était petit : « J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont ouvert à l’art et à l’architecture, mais aussi aux voyages… Ca m’a donné une certaine curiosité et une sensibilité sur ce qu’était le beau. À 18 ans, j’ai découvert le magazine Intramuros et j’ai compris que l’on pouvait créer des choses magnifiques à partir de matériaux industriels. Autrement dit, transformer l’indésirable en un objet de séduction. »

De son côté, Bruce dit avoir toujours associé l’esthétisme à la notion de fragilité et d’imperfection.  « J’aime quand il y a de la tension, un déséquilibre. Pour moi ça raconte une histoire à laquelle on peut se raccrocher et que l’on peut se raconter : de cette imperfection naît la beauté. ». Ce sont justement ces deux perceptions qui les ont amenés à bouleverser les codes du luxe, en y apportant une patte résolument novatrice. « On a voulu mettre un coup de pied dans la fourmilière » confirment-ils. 

In fine, la visée première de NOMA est de placer l’esthétique de l’objet avant ses matériaux de fabrication. Aussi, lorsqu’ils présentent l’une de leurs pièces de collection phare, le fauteuil ART, ils n’abordent pas tout de suite l’origine de sa construction pour ne pas « effrayer » leur clientèle. En observant la robe tachetée de sa coque, on jurerait mordicus qu’il s’agit de marbre. « Et ça n’est pourtant que du pot de yaourt ! » explique Bruce, d’un air malicieux. « Les petites tâches que l’on voit sont tout simplement les restes des opercules : le matériau est chauffé, fondu et ses plaques sont retravaillées jusqu’à la création d’un mobilier design… » 

Cette volonté de changer le regard du consommateur envers les matériaux indésirables se traduit dans chacune de leurs créations. Guillaume se plaît à raconter comment est né leur bougeoir PEDRA, dont le nom signifie pierre en portugais. « Il est issu des déchets de production au sein des montagnes de l’Alentejo, où le marbre est prélevé à une dizaine de mètres de profondeur. Si l’on se met à regarder ce matériau différemment, on s’aperçoit qu’il peut être magnifique,  tout est dans la mise en valeur. » Difficile de détourner le regard face à ses veinures semblables à un immense filet d’écume venant perforer un habit aux tons cuivre. 

Bruce se lève soudainement pour nous montrer leur fauteuil LAIME, somptueux mélange de laine et d’acier recyclé : « rien que de la mousse, du bois, du métal et du tissu » de façon à ce que les matériaux puissent être démontés en 20 secondes chrono, et recyclés séparément. Il nous indique alors un petit espace permettant de dévisser la bête : la magie fait son effet. Au passage, les deux associés ont pris le soin d’ajouter le pourcentage de matériaux recyclés à côté du nom de chaque création sur leur site : la transparence, ça les connaît ! 

En parallèle, ces deux entrepreneurs mettent un point d’honneur à mettre en avant la fine équipe avec qui ils collaborent. Choisir les personnes avec qui l’on veut travailler n’est pas une mince affaire nous expliquent-ils d’un regard complice. Pour s’aiguiller dans leur recherche, ils ont listé un certain nombre de filtres : travailler avec des personnes assez influentes pour porter le message de NOMA à l’instar de Sam Baron, Jean-Marc Gady ou Martino Gamper, tout en collaborant avec des professionnels en ligne avec leur direction artistique, et leurs critères de durabilité.

L’histoire de cette console est totalement dingue car ce sont des pierres issues de bouts de blocs de chantier a priori inutilisables.

Guillaume évoque l’importance pour NOMA d’ajouter une vision architecturale à leurs créations, d’où leur partenariat avec l’agence RDAI à l’origine de la console ARCA. « L’histoire de cette console est totalement dingue car ce sont des pierres issues de bouts de blocs de chantier a priori inutilisables. « Ces blocs ne peuvent être utilisés pour des travaux dits nobles parce qu’ils sont veinés, et c’est justement ce qui nous a plu !  Nous avons trouvé des personnes capables de cintrer cette pierre en utilisant une technologie brevetée. » Le résultat parle de lui-même, on ne peut nier l’incroyable présence architecturale d’ARCA dont les arches tachetées font penser à d’immenses colonnes gréco-romaines.

« Il faudrait déplacer votre voiture » annonce quelqu’un. Message reçu, il est temps pour nos deux aventuriers des temps modernes de reprendre du service. Avant que l’on se quitte, ils nous glissent quelques mots sur leurs projets futurs. « Alberto Marcos, l’un des architectes et designers avec qui nous collaborons s’est joint à nous afin d’imaginer un mobilier conçu pour les personnes en télétravail.  Compte tenu de l’époque dans laquelle nous vivons, on est beaucoup plus amenés à travailler de chez soi, avec parfois peu d’espace pour s’isoler. On voudrait créer un support permettant de s’adapter à cette nouvelle donne ». Affaire à suivre…

Texte : Alice Gren • Photographies @François Rouzioux

AUJOURD’HUI NOMA C’EST :  83% DE MATIÈRES RECYCLÉES EN MOYENNE, 70% DE PRODUITS FABRIQUÉS EN FRANCE, 7 PIÈCES DE COLLECTION INÉDITES ET 100% RECYCLABLES ET UNE DIZAINE D’ARCHITECTES ET DE DESIGNERS AU SERVICE DES NOBLES MATIÈRES.

noma-editions.com

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